L’union sacrée, enfin ! Treize élus alsaciens, PS et Les Républicains, ont cosigné une lettre adressée hier à l’Élysée. Ils demandent à François Hollande de défendre l’installation à Strasbourg d’un futur parlement de la zone euro. Pour renforcer l’Europe démocratique,mais aussi le statut de capitale européenne de la ville, constamment attaqué.

Treize noms alignés dans l’ordre alphabétique, et surmontés du paraphe de chacun des signataires. Treize noms sans mention d’aucune couleur politique. Treize noms rassemblés dans une démonstration d’union qui manquait jusqu’ici à la défense de Strasbourg comme capitale européenne.

« Poser la première pierre d’une construction plus démocratique de la zone euro à Strasbourg »

« Nous souhaitons vous proposer de poser la première pierre d’une construction plus démocratique de la zone euro à Strasbourg », écrivent, dans une lettre que les DNA publient en exclusivité, le président du conseil départemental Frédéric Bierry, le maire de Strasbourg Roland Ries, le président de l’Eurométropole Robert Herrmann, les sénateurs Jacques Bigot, Fabienne Keller, Guy-Dominique Kennel, Claude Kern et André Reichardt, les députés Philippe Bies, Armand Jung et André Schneider, l’eurodéputée Anne Sander et la vice-présidente de l’Eurométropole en charge de la Task Force pour le siège du Parlement européen, Catherine Trautmann. Leur courrier a été transmis hier au secrétaire général de l’Élysée, Jean-Pierre Jouyet, ancien ministre des Affaires européennes, chargé de la remettre à François Hollande. Lors de son intervention du 14-Juillet, rappellent les élus, le chef de l’État a souhaité, suite aux très décriées négociations autour de la crise grecque, des améliorations importantes dans la gouvernance de la zone euro. « À terme, je souhaite qu’il y ait aussi un parlement de la zone euro », a dit François Hollande mardi. La proposition a fait réagir l’ancienne maire de Strasbourg Fabienne Keller, qui a de suite proposé que ce parlement des 19 siège lui aussi à Strasbourg. Et la sénatrice LR a rallié à elle ses collègues. Les parlementaires qui lui sont proches, d’abord. Puis Catherine Trautmann, à qui elle avait ravi la mairie de Strasbourg et avec qui elle siège depuis deux ans au sein de la Task Force que la socialiste préside. Les deux anciennes rivales se sont donc mises d’accord sur le texte tout en travaillant à allonger la liste de ses signataires. « L’union fait la force », disait hier Fabienne Keller aux DNA.

À la proposition de François Hollande de créer un parlement de la zone euro, la lettre des 13 élus répond qu’« une telle instance de débat », « qui prenne mieux en compte les peuples et leurs aspirations », semble « essentielle ». « Il est temps d’aller vers l’approfondissement économique, démocratique et politique de l’Europe. C’est un débat éminemment citoyen et c’est pourquoi nous souhaitons vous proposer de poser la première pierre d’une construction plus démocratique de la zone euro à Strasbourg », écrivent-ils. Strasbourg, siège déjà du Parlement des 28 et du Conseil de l’Europe, est aussi, insistent-ils « une ville qui incarne une certaine vision de l’Europe, complémentaire à celle portée par la Commission européenne et les autres instances européennes. Une Europe du dialogue ouvert et transparent, une Europe qui avance dans la légitimité démocratique. Celle qui, justement, fait parfois si cruellement défaut à la gouvernance de la zone Euro. » La venue d’Alexis Tsipras devant le Parlement européen la semaine dernière a, justement, été l’un de ces moments de débats intenses, cruciaux et surtout publics dont l’Eurozone a jusqu’ici été trop avare. Et ce moment fort a eu lieu à Strasbourg.

« Il ne s’agit en aucun cas d’un plan B. C’est un plan A +, un renforcement »

La missive des élus alsaciens n’en fait pas mention, mais c’est l’évidence mê- me : l’installation d’un hypothétique parlement de l’Eurozone à Strasbourg renforcerait considérablement la position de la ville sur la carte de l’Europe. L’incessante « bataille du siège » contre les sessions strasbourgeoises du Parlement européen a certes baissé en intensité ces derniers mois, mais certains défenseurs de Strasbourg, pessimistes, évoquent maintenant sans couvrir leurs mots la nécessité d’un « plan B » pour remplacer le Parlement le jour où il déménagerait… Mais, insistait Fabienne Keller en ré- ponse à nos questions hier, son initiative n’est « en aucun cas un plan B. C’est un plan A +, un renforcement. Il s’agit de préparer l’avenir de Strasbourg capitale européenne de façon proactive et positive. » « Ça serait un excellent complément pour Strasbourg, et certainement pas un remplacement », abonde Pierre Loeb, président de l’Association européenne des jeunes entrepreneurs, auteur depuis quatre ans d’études pour défendre le siège de Strasbourg.

L’idée d’installer une gouvernance de l’Eurozone dans la capitale alsacienne n’est pas neuve. Des militants européens strasbourgeois comme Henri Mathian, mais aussi le président du conseil régional Philippe Richert (qui a préféré rester en retrait de la lettre à l’Élysée en raison de sa campagne pour les prochaines régionales) la promeuvent depuis plusieurs années. La création d’un parlement de la zone euro est maintenant évoquée en haut lieu, mais François Hollande pourrait voir de fortes oppositions s’élever. « Les chefs d’État et de gouvernement ne voudront pas d’un parlement de plus. Ça coûterait beaucoup trop cher », nous disait cette semaine le président du parti européen conservateur (PPE) Joseph Daul, Alsacien lui aussi, et proche d’Angela Merkel. Quant à la place de Strasbourg dans l’éventuel dispositif, elle reste plus qu’incertaine malgré la proximité de Francfort. Mais toute initiative est bonne à prendre. Surtout quand elle permet de fédé- rer des élus qui, dans la bataille du siège comme dans d’autres, n’ont pas toujours uni leurs forces.

Article initial écrit par Anne-Camille Beckelynck pour DNA (Dernières Nouvelles d’Alsace)